SAD WATERS | Thyborøn – Denmark

En route pour les Pays-Bas au retour d‘une fabuleuse expédition dans les Fjord du Sud de la Norvège, nous faisons escale dans le port de Thyboron au Danemark. C’est un port bien pratique et abrité qui permet de se reposer après la treversée du Skageraak. Nous entrons au crépuscule et traversons les trois bassins réservés aux pêcheurs pour rejoindre le bassin d’amarrage dédié à la plaisance. Nous amarrons le long du quai et stoppons le moteur avec soulagement à l’idée de la bonne nuit de sommeil qui s’annonce!

Je saisis un livre en m’installe dans le carré pour me relaxer mais très vite je remarque une ôdeur bizarre. Cela provient de l’aérateur tribord… je remonte sur le pont et réalise que c’est l’air ambiant qui est saturé d’une lourde ôdeur de charogne. C’est littéralement insoutenable. Nous évoquons la possibilité de repartir immédiatement, mais il trop tard, nous avons eu une traversée bien mouvementée et nous devons nous reposer quoi qu’il en soit. Nous fermons donc toutes aérateurs et les hublots et disparaissons sous les draps. Heureusement qu’ATLAS est bien conçu et nous permet de tout fermer hermétiquement!

Le landemain matin nous sommes réveillés par le bruit d’une pelle mécanique. Nous grimpons dans le pilothouse pour constater que l’engin s’affaire tranquillement à collecter tapis d’ordures mêlées d’algues amassé dans le port. L’ôdeur est toujours présente. Omniprésente même. Nous décidons de faire une reconnaissance rapide des environs afin de comprendre de quoi il en retourne précisément.

Thyboron est un port de pêche très actif et ce sont des dizaines de navires qui se sont affairés dans la nuit et au matin pour alimenter les grandes halles du marché au poissons. Mais malgré de nombreux déchêts de plastique liés à cette activité et laissés sans vergogne à la dérive, ce n’est pas de là que viennent les effluves nauséabondes. Nous continuons notre marche, le col sur le nez et un nuage noir dans le coeur, à la recherche d’une boulangerie, sans succès. Nous trouvons l’école primaire et n’en revenons pas qu’il soit possible d’infliger de telles nuisances à proximité d’écoles et de lieux de vies sans générer de solides revendications populaires… Bien entendu la pêche et l’exploitation de son produit sont historiquement, et aujourd’hui encore la raison d’être principale de ces lieux.

C’en est assez, et nous devons reprendre la mer pour rejoindre l’Ijselmeer dans un bon timing avec la marée. Nous rejoignons le bateau d’un pas rapide et sans s’arrêter, sauf pour observer en silence un panneau commémorant les grandes heures de la pêche au requin. Il n’y est toutefois fait aucune mention du lien entre le nom du village et du port: “Thyborøn” et le mot portuguais “Tuburao” qui signifie requin.

ATLAS est toujours empêtré dans cette masse d’immondices et je crains même de manoeuvrer au moteur dans ces conditions. Nous passons une demi-heure à dégager les des ordures qui entravent la poupe.

Marche moteur! La sortie se passe bien. Nous restons pantois à la vue des pêcheurs amateurs locaux qui sont installés sur la digue et ne semblent pas se soucier le moins du monde de ce qui nous apparaît être un catastrophe sanitaire. En passant l’entrée du port nous remarquons une usine qui, à en juger par la fumée qui s’échappe des cheminées et l’intensification des ôdeurs, est en pleine activité.

Une petite recherche google nous apprendra qu’il s’agit d’une usine appartenant au 999 Group. Le “Triple Nine Group” est actif dans les protéines, les huiles et les farines de poisson et se frotte ouvertement les mains sur sa page web à la perspective d’une demande toujours plus grande en proteines animales pour une population humaine en surcroissance. Retournez les trois 9 et cela vous donne 666. Quel logo bien choisi!

https://i1.wp.com/www.999.dk/CropUp/headerimages/media/13244/hund_paa_strand.jpg?w=1180
999 Group élabore également de la nourriture pour animaux de compagnie – Source de l’image: http://www.999.dk

Nous avons notre réponse à propos des ôdeurs de mort qui planent aujourd’hui sur Thyboron. Et nous avons mal de constater une fois encore que le profit écrase et fait suffoquer non-seulement la nature mais également l’être humain.

Laissons tout ça dans le sillage! Hissons les voiles et profitons de cette fraîche brise du large pour nous emmener à bon port.